Lundi 23 octobre 2006 1 23 /10 /Oct /2006 14:27

« [7] Mais pour partager avec toi le fruit de cette journée, je dirai que j'ai découvert auprès de Hécaton, un des nôtres, que l'extinction des désirs est par surcroît le remède à la peur. "Tu cesses de craindre quand tu as cessé d'espérer." Tu diras : "Comment peut-on associer ces sentiments si différents ?" Mais il en est bien ainsi, mon cher Lucilius ! Ils semblent séparés, mais ils sont unis. Tout comme une même chaîne unit le gardien et son prisonnier, ces états d'âme si dissemblables se présentent ensemble. La peur est entraînée par l'espérance.
[8] Cela ne me surprend guère : les deux relèvent d'un coeur mal établi en lui-même et sont agités par l'attente du futur. Mais la cause principale de ces deux affections est que nous ne nous attachons pas à ce qui est là maintenant et que nous envoyons nos pensées dans le lointain. Voilà comment la prévoyance, un souverain bien de la condition humaine, s'est tournée en mal.
[9] Les bêtes sauvages fuient un danger quand elles le voient et, une fois hors de danger, elles sont tranquilles. Nous, nous sommes tourmentés tant par le passé que par l'avenir. Un grand nombre de nos richesses nous font du mal : la mémoire ramène le tourment de la peur, alors que la prévoyance l'anticipe. Personne n'est misérable en demeurant dans le seul moment présent.
Porte-toi bien. »

Sénèque, Extrait d'une lettre à Lucilius.

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Post-scriptum : C'est là une vision bien négative des choses ; c'est surtout oublier le revers positif de la médaille, à savoir que l'être humain peut tout autant utiliser sa capacité de prévoir ou de se souvenir, pour les bonnes choses que pour les mauvaises. Si nous n'avions pas cette capacité de nous promener dans notre mémoire et de nous projeter dans le futur, nous ne connaîtrions peut-être pas la peur, mais nous ne goûterions que très éphémèrement aux plaisirs de la vie, alors que - tels que nous sommes - nous pouvons en jouir bien avant et encore bien après le seul et bref instant où nous y avons goûté.

Et puis, Monsieur Sénèque, ce n'est ni plus ni moins que la conscience, qui est le propre de l'homme, que vous mettez en cause ! Soyez bovin si vous le voulez, mais je préfère être homme et à l'image de Dieu, doué de sentiments et d'une conscience. Zéro pointé, donc, pour Monsieur Sénèque :oD

Par quiesincaelis - Publié dans : post-scriptum
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